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Marc DOKOUI dénonce l’arrêté du Maire de Toviklin interdisant les marches de protestation

IMG-20170301-WA0020 Par un arrêté n°66/06/CT/SG/SAG en date du 28 février 2017, le Maire de Toviklin a interdit toutes marches de protestation sur l’étendue du territoire de la Commune de Toviklin. Cette mesure n’est pas du goût d’un certain natif de la commune. A travers une lettre ouverte, Marc DOKOUI puisque c’est de lui qu’il s’agit condamne la décision et rappelle les fondements de la démocratie béninoise mais aussi bien mieux… Lisez-le !

DOKOUI Dossou Marc                                                                                          Cotonou le 02 mars 2017

Natif de la Commune de Toviklin

Tel : 00229 97 15 11 26

LETTRE OUVERTE

                                                                 A

                                                                 Monsieur le Maire de la Commune de Toviklin

J’ai été interpellé au plus profond de ma conscience à la lecture sur les réseaux sociaux, d’un arrêté pris par le Maire de ma Commune. Il s’agit de l’arrêté n°66/06/CT/SG/SAG du 28 février 2017 portant interdiction de marche de protestation sur toute l’étendue du territoire de la Commune de Toviklin.

Face à son contenu intriguant, je sors momentanément de mon silence pour donner mon avis TECHNIQUE sur cet arrêté dont je déplore aussi bien la forme que le fond.

Pourquoi le Maire de Toviklin choisit-il le 28 février, date historique et de commémoration de la fin de la conférence nationale des forces vives de la Nation pour retirer au peuple de Toviklin sa liberté ?

Avant que de relever les erreurs notées, j’aimerais demander respectueusement au Maire de ma commune d’abroger cet arrêté qui constitue à mon analyse, UNE HONTE pour les cadres qui ont contribué à sa rédaction et une méconnaissance de l’histoire récente de notre pays en matière d’organisation ou d’interdiction de marches. C’est sans doute, la preuve éloquente de l’amateurisme que je note avec amertume depuis un certain temps dans la gestion des affaires de la Commune. Je puis vous dire que c’est désolant et vous confirmer que plusieurs filles et fils de la Commune supportent en silence et dans la douleur, ces fausses notes à répétition dans la gestion administrative et politique de la Commune.

Le Maire a-t-il autorité d’interdire les marches ?

La réponse est NON et l’histoire récente de notre pays devrait édifier les autorités et cadres de la Mairie de ma Commune.  Sur les 14 visas (VU) du fameux arrêté, un seul (Décret n° 2005-377 du 23 juin 2005) se réfère à la règlementation du maintien de l’ordre public ; un décret qui n’interdit d’ailleurs pas l’organisation de marche. Pour la gouverne du Maire et de ses collaborateurs ainsi que des autres qui n’en savent rien, voici ce que dit ce décret pris en 2005 par le Général Mathieu KEREKOU en son article 2 : « la responsabilité du maintien de l’ordre incombe aux autorités civiles qui préparent et mettent en œuvre les mesures nécessaires à cet effet et, en tout état de cause, en se conformant aux dispositions du code de procédure pénale ».

Je mets quiconque au défi de me donner un seul article de ce décret qui donne pouvoir au Maire d’interdire une marche.

Mieux, l’article 25 de notre Constitution dispose que, « L’Etat reconnaît et garantit, dans les conditions fixées par la loi, la liberté d’aller et venir, la liberté d’association, de réunion, de cortège et de manifestation, l’Etat assure à tous l’égalité devant la loi sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion, d’opinion politique ou de position sociale ».

Par ailleurs, la loi N°97-029 du 15 Janvier 1999 portant organisation des Communes en République du Bénin, en son article 76 précise que : « Le Maire est chargé de la Police administrative dans la commune. Il sollicite, pour ce faire, le concours des services compétents de l’Etat. Les actes de police du maire ont pour objet d’assurer l’ordre, la tranquillité, la sûreté et la salubrité publics. Ils comportent : 1- Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, places, quais et voies publiques ; 2- Le maintien d’ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, lieux de culte et autres lieux publics ».

Le Maire ou ses services de renseignement ont-ils reçus des preuves évidentes que des troubles à l’ordre public se prépareraient dans la Commune ? Un Maire, a priori, n’interdit pas de marche. La marche est l’expression de la vitalité de la démocratie d’une nation, d’un peuple ou d’une communauté. L’interdire, monsieur le Maire c’est mépriser ce peuple qui vous a élu.

Peut-on gouverner ou décider sur la base des rumeurs ?

Sur les 14 visas (Vu) de l’arrêté du Maire, 7 évoquent des rumeurs et des déclarations d’un creuset qui projetterait une marche de protestation. Est-ce la preuve que l’autorité manque d’arguments ou de bases légales pour justifier sa décision d’interdiction de marche ? Depuis quand une autorité se base sur des rumeurs ou vise des rumeurs pour prendre un acte ? déjà que le 11ème visa de l’arrêté dit, je cite : vu qu’aucune autorité compétente n’a reçu une demande d’autorisation d’organisation de la marche pour le jeudi 02 mars 2017 à Toviklin et à laquelle elle a donné suite. Fin de citation.

Comme s’il s’agit d’une contradiction ou d’un retard de lecture, le même arrêté vise plus haut « la lettre de déclaration d’organisation d’une marche de protestation en date du 27 février 2017 ». Il s’agit là, d’une contradiction qui crève l’œil et me fait croire que les autorités de ma Commune n’ont pas suivi l’actualité politique des deux dernières années du régime YAYI. Le Maire n’autorise pas de marche. Il est saisi dans les formes requises, discute avec les organisateurs des conditions de son déroulement et encadre la marche en faisant recours aux forces de sécurité comme le prévoit le Décret n° 2005-377 du 23 juin 2005. C’est ça que le législateur appelle « la police administrative ».

Un arrêté pour interdire les marches « PROTESTATION » uniquement ???

Ce seul mot PROTESTATION me pose un grand problème. A l’interprétation, on s’aperçoit que les marches sont interdites à Toviklin, seulement quand il s’agit de PROTESTER. J’ai honte. Autrement dit, si un groupe d’individus décide aujourd’hui de marcher à Toviklin pour louer et vanter les mérites du Conseil Communal ou chanter à la gloire du Maire, ou encore remercier le Maire pour la clarté et la transparence dans le dernier recrutement, le féliciter pour l’achat d’un véhicule de commandement à 44 millions, le magnifier pour la casse programmée des maisons aux abords de nos voies, ou pour je ne sais quoi encore, cette marche serait-elle la bienvenue et sera-t-elle autorisée la seconde d’après ? Arrêtons de jouer avec un peuple pacifique comme celui de Toviklin.

Le Maire s’instruit et instruit le commandant de compagnie : nous sommes où là !

L’article 3 du fameux arrêté dit je cite : « Le maire de la Commune de Toviklin, le commandant de la Compagnie d’Aplahoué, le commissaire du Commissariat de Police de Tovikin, le Commandant de la Brigade de Gendarmerie de Toviklin sont, chacun en ce qui les concerne, chargés de l’application rigoureuse de présent arrêté… ». Ça me pose un problème que le Maire donne des instructions dans la mise en œuvre de cet arrêté comme si le ridicule ne tue pas. Mieux, il donne des instructions au commandant de la compagnie d’Aplahoué. Le maire a-t-il autorité sur le commandant de Compagnie ? Les commandants de Police et de Gendarmerie reçoivent maintenant instruction d’un Maire ? C’est mal connaître la hiérarchie policière et militaire de notre pays. Mieux, cet article 3 est la preuve évidente qu’il s’agit d’un acte qui ne relève pas de la compétence du Maire car aucune des autorités citées dans sa mise en œuvre n’est sous les ordres du Maire.

Mes recommandations…

  • Aux jeunes ciblés par l’interdiction de la marche

Ma réaction ici n’est pas pour encourager les jeunes à braver les décisions de l’autorité. Dans toutes situations utilisez les voies justes pour vous faire entendre. Que chacun se batte pour s’affirmer et se donner les moyens de réaliser ses rêves. Dieu a un plan d’avenir pour chacun de nous…

  • Un mot aux cadres de la Mairie

Aux cadres de la Mairie de Toviklin, je conseille une seule attitude : le PROFESSIONNALISME… N’oubliez jamais que vous êtes les premiers conseillers techniques du Maire et des élus. En cas de besoin, sollicitez l’appui et le conseil des personnes ressources. Cela vous éviterait des erreurs abominables comme c’est le cas actuellement. S’il était un devoir de maison donné aux étudiants en 1ère année en Administration Générale et Territoriale, la rédaction de cet arrêté ne vaut pas la note de 08/20.

  • Mon conseil au Conseil Communal

Au Maire, je le prie d’abroger cet arrêté et surtout de faire en sorte qu’il n’atterrisse pas sur la table du Préfet, encore moins du Ministre de l’Intérieur et ceci pour deux raisons : (1)Le motif n’est pas juste et défendable, (2)La forme et l’allure de sa rédaction dénotent d’un manque de professionnalisme et constituent une insulte aux cadres communaux dont certains pourtant inspirent respect.

Que le Conseil Communal et le Maire écoutent le peuple, dialoguent avec la jeunesse et affirment leur autorité dans la crainte de Dieu et dans le sens des conclusions de la conférence des forces vives de la nation du février 1990. 5 ans de mandature, ça passe très vite et vous aurez encore recours à cette jeunesse dont vous ôtez le droit d’expression… pour battre campagne pour vous.

  • Au Préfet

Si d’aventure cet arrêté vous parvenait en dépit de notre suggestion, nous comptons sur votre esprit éclairé pour jouer votre rôle de contrôle de légalité en vue de son annulation pure et simple dans l’intérêt de la préservation des libertés chèrement acquises. Cela y va aussi de votre devoir de faire respecter les principes de déontologie administrative dans notre Mairie.

  • A tous fils et filles de Toviklin

Nous devons plus que jamais, restés éveillés et prier sans cesse afin que Dieu inspire et habite nos gouvernants. Nous devons vaincre la peur et oser agir pour la postérité.

Quant à moi, j’ai la ferme conviction que Toviklin se relèvera un jour…

Dossou Marc DOKOUI

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