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« Une femme à deux maris » ou comment conter l’histoire dans la bouche de personnages de fiction

femme deux maris par Claude Biao

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. » Cette mise en garde de Winston Churchill que l’on retrouve presque à l’identique chez Karl Marx – et Dieu sait que c’est peut-être la seule chose qu’ils ont en commun ! – pourrait très bien servir d’incipit à la pièce de théâtre de Cosme Orou Logouma, et pour cause. « Une femme à deux maris » est pour ainsi dire, l’histoire d’une histoire… comment ça se fait ? C’est une longue histoire.

Plus qu’une pièce de théâtre, un erratum historique

Il est inutile pour nous d’essayer de remonter à l’origine des peuplements Baatombu et Boo qui sillonnent la région septentrionale de notre pays. D’abord parce que nous n’en avons pas les qualifications techniques, ensuite parce que nous ne saurions nous targuer d’avoir acquis par la pratique ces précieux savoirs… et puis parce que c’est un dossier épineux ! C’est le moins qu’on puisse en dire.

Le projet d’écrire « Une femme à deux maris » est venu à l’esprit de Cosme Orou Logouma au bout de nombreux constats. En effet, celui qui peut dire sans siller qu’il possède de par son ascendance familiale, la légitimité pour parler de la royauté et des peuplements Boo et Baatombu, s’est rendu compte en confrontant l’histoire contemporaine du Borgou aux acquis de ses recherches, qu’il y a un gap que personne – ou presque – n’osa relever au grand jours : les Boo ont joué un rôle beaucoup plus important dans les « empires Bariba » que ce que l’on a bien voulu nous dire.

« Une femme à deux maris » raconte précisément l’histoire de cette histoire-là. La pièce de théâtre s’étend comme un vigoureux coup de gomme sur une part des croyances traditionnellement acceptées et, de l’aveu même de l’auteur, « il était important de faire la lumière afin d’éviter le pire demain. »

 Écrire aujourd’hui, écrire pour demain

Il faut le dire tout de suite : « Une femme à deux maris » réussit à établir l’équilibre délicat entre l’œuvre historique et la création de fiction. Se contenter de faire la première aurait été un aveu d’ininspiration pour l’auteur de Je ne serai pas à tes noces (finaliste du prix Plumes Dorées 2012), et se borner à la première manquerait le vœu initial d’écrire un ouvrage « utile », où l’histoire racontée aujourd’hui évite aux générations futures de se faire des histoires demain…

C’est l’aventure de deux princes Bariba issus de deux branches dynastiques différentes revendiquant tous les deux le trône du royal de Nikki… et d’une voix, celle du Balazon, le griot, mémoire de l’histoire et de la civilisation baatonu. Dans cette épopée amoureuse où le duo belliqueux se complète de la figure d’une princesse à laquelle les deux antagonistes vouent un amour égal quoiqu’il s’exprime de façon différente, le lecteur peut facilement voir se dessiner le trio qui de l’amour au pouvoir, semble devenir le fil rouge du destin de tout un royaume. Le prince Lafia est traditionnaliste et rigoureux. Il est bercé par l’assurance de son bon droit devant son rival, le tout aussi prince, Tamou, amoureux, et transi.

Même si Ahovi – la princesse convoitée, belle et toxique – vit avec Lafia depuis 15 années, Tamou rêve d’en faire son épouse et la reine du royaume qu’il souhaite conquérir. Leur rivalité est alors double, et leur combat acharné, mais on en dira pas plus…

« Otages », l’autre pièce tapie dans l’ombre…

Ah oui ! Il s’agit en fait d’un recueil de pièces de théâtre… Car il est facile d’occulter la beauté discrète de la deuxième pièce de théâtre de ce recueil, devant l’élégance historique éclatante de la première. Pourtant, « Otages » n’est n°2 que dans l’ordonnancement pratique du livre publié par les Éditions Tambours Sacrés du Septentrion.

Ici on n’entre pas dans l’histoire, sauf, peut-être à admettre avec Benedetto Croce que « toute histoire est contemporaine »… et l’on n’y manquera pas ! En effet, en tournant la page de « Otages », le lecteur connait bien le monde dans lequel il entre. Un monde fait de voitures, de bitume et d’inquiétudes ; un microcosme cohérent où l’auteur cerne comme dans une boule de neige les tares et les retards d’un monde qu’il connait bien : le politique africain contemporain. Car une « fille de » qui prend en otage un pauvre étudiant pour en faire son homme par la force ou par l’argent, on n’est pas encore dans le déjà-vu… pas encore.

Certes l’on pourra reprocher – et ce serait à peine un reproche – à Cosme Orou Logouma n’avoir présenté une pièce de théâtre un peu courte là où l’appétit du lecteur était déjà aiguisée par l’antagonisme entre Wowoué et Dado, mais spoil pour spoil, qui a dit qu’il n’y aurait pas un tome 2 ? On peut l’espérer : Cosme Orou Logouma en est à sa toute première signature.

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One comment

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