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Le boulevard d’une révision sans fin

(Le prochain président fera aussi sa révision pour ramener le double mandat)

 

La dernière sortie médiatique du Ministre Djogbénou, porte-voix du Gouvernement et précédemment président de l’éponyme Commission nationale technique chargée des réformes politiques et institutionnellesa ravivé le débat autour du mandat unique. Si impatient est le peuple de voir l’aboutissement des reformes, nous ne saurions accepter facilement le souhait de ne point isoler le mandat unique du bloc de révision.

Et pour ne pas pourrir les efforts louables et nécessaires du toilettage de la Loi du 11 décembre 1990, il faudrait simplement sursoir à la proposition d’un mandat unique pourconcentrer les attentions et les énergies sur les piliers essentiels à réformer qui vont booster le développement de ce pays.

Certes, le jadis candidat Talon, chantre du Nouveau Départ, au cours de la campagne électorale qui a consacré son élection à la tête de l’Etat, a défendu un projet de société révolutionnaire au cœur duquel se trouvait le mandat unique. Or cette proposition du désormais Président de la République n’a pu faire l’unanimité. La société civile et les acteurs politiques ont dans leur grande majorité exprimé leur scepticisme voire leur opposition à cet aspect du projet de révision constitutionnelle. Et si le peuple devrait voter, le NON synonyme d’un rejet serait retentissant. C’est d’ailleurs conscient de cette issue que le Gouvernement et son chef renonce à la promesse référendaire pour manipuler la légale mais moins légitime procédure parlementaire. Devrait-on alors réviser la Loi fondamentale sans un consensus national ?

Nous convenons avec la bonne foi des gouvernants actuels qui nous appellent à croire à cette innovation les yeux fermés. Le mandat unique, qu’on veut d’une durée de 6 ou 7 ans, entend rompre avec un ordre politique ancien et par la même rationaliser l’exercice du pouvoir en libérant l’élude pesanteurs politico-financièresqui annihilent l’expression du pouvoir d’Etat. Les avantagesdu mandat unique sont certains, mais les appréhensions liées à son institution sont énormes. Outre le déluge après la gestion unique, cette option risque d’ouvrir la porte à une cascade de révisions. Bientôt chaque nouveau président va s’offrir son bain de révision constitutionnelle. Si la Rupture arrivait à faire passer sa réforme au forceps avec ce point objet de polémique, la prochaine alternance verra renaitre au galop le double mandat.

56 ans de culture républicaine et 27 ans de renouveau démocratique ne méritent pas d’être évacués dans une réforme qui phagocyte l’esprit de la conférence nationale. Le pouvoir appartient au peuple et comme l’environnement constitutionnel régional le recommande, nous pouvons et devrions conserver en l’état Art. 42. « Le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels. ».

Talon n’a pas été élu à 65% au second tour de la dernière présidentielle pour seulement cette proposition. Tout autre que lui en ces circonstances serait passé contre l’avorton du régime Yayi ce 20 mars 2016. En conséquence, il faut dorénavant laisser ce peuple qui a plus d’une fois démontré sa maturité politique à la face du monde, son droit à la sanction de la gouvernance de chaque régime. C’est aussi cela, consolider la démocratie dans un Bénin Révélé.

Richard ADODJEVO

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