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Atchadé Dénis Assongba : « démystifier le vodoun pour le rendre universel »

Depuis 33 ans qu’il vit aux Etats-Unis, Atchadé Dénis Assongba, ce béninois qu’on ne présente plus se bat des pieds et des mains pour positionner le Bénin au rang des pays dont la culture est admirable. Seulement, c’est en partie dans son propre pays que certaines voix s’élèvent pour contester la bienfaisance de sa démarche. Dans une interview qu’il nous a accordée, le natif de Savalou évoque la responsabilité des Béninois et des Africains par rapport à la nécessité d’ouvrir leur culture au monde. Lisez !

 Le Régional : Bonjour M. Dénis. Comment pouvons-nous expliquer votre engagement pour la promotion de la culture béninoise ?

 Atchadé Dénis Assongba (sourire) : Mon engagement ne peut presque pas être expliqué. Voyez-vous ? C’est tout naturel. C’est comme une vocation. Je me suis toujours senti animé par un vif désir de montrer aux autres ce qu’il y a chez moi, comment nous vivons, comment nous nous habillons, ce que nous mangeons et comment nous le faisons. Toutes ces valeurs de chez moi, si riches et si profondes. Cela ne saurait être expliqué. Même quand il m’arrive de ne pas y travailler, d’essayer d’oublier un peu ces accouchements traditionnels, je me vois très vite presque obligé de renouer avec ma culture.

Cela fait tout de même 33 ans que vous êtes aux États-Unis. Comment faites-vous pour résister au changement ?

Si je m’efforçais de le faire, cela n’aurait pas duré. C’est la preuve que ce que je fais ici aux États Unis en lien avec le Bénin, le Togo, Haïti, le Brésil et bien d’autres pays n’est pas de l’improvisation. C’est devenu une habitude auquel je ne résiste plus depuis longtemps.

Certains pensent que c’est du folklore….

Peut-être qu’ils ont raison. Peut-être qu’ils ont tort. Je travaille à démystifier le vodoun pour le rendre universel, plus accessible à l’humanité. C’est quelque chose. Le vodoun, notre culture commune telle qu’il se présente aujourd’hui n’est pas vendable à l’étranger. On l’associe au gris-gris ou encore à la sorcellerie. Plus encore, c’est la réligion du mal, de la méchanceté. Le vodoun pour certains continuent encore d’être une religion qui tue les enfants, bouffent les hommes, violent les femmes et rend le monde invivable. Quelle horreur ! Comment pouvons-nous vendre une telle chose ? Je ne me soucie plus de ces critiques stériles qui ne nous avancent à rien. C’est l’esprit du Béninois. Il ne veut pas faire la chose mais vous empêche de le faire. Moi je dis que c’est un gâchis. Nous devons ouvrir les yeux et regarder vers l’avenir. Soit, nous décidons aujourd’hui de nous reprendre et sauvegarder  le vodoun pour nous et l’ouvrir nous-mêmes au reste du monde, soit nous restons ainsi et des étrangers nous l’arrachent. Le monde change. Et d’autres hommes, apparemment  plus intelligents et plus actifs que nous se sont lancés dans la dynamique d’une appropriation du vodoun. Nous avions perdu nos bras valides, nous perdons nos richesses minières. Ce qui est réellement resté jusque-là, c’est notre culture et nous sommes entrain de le perdre.

Oui. Mais des gens pensent que vous blasphémez. 

Ils ont tort. Je les invite, d’ailleurs à voir autrement le vodoun que nos aïeux ne le faisaient. Les temps ont changé et je n’ai même pas de cœur pour les intimidations. Je ne gagne rien personnellement à travailler pour l’exposition de notre culture en Amérique du Nord. Plus encore, ce sont des touristes que je draine vers le Bénin.

Un mot de fin ?

Oui. Je remercie tous mes collaborateurs qui travaillent avec moi sur nos projets respects, tant au Bénin qu’au Togo, qu’aux États-Unis. Ce n’est pas facile mais nous allons y parvenir. Je vous remercie.

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