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ATTENTION AUX DÉRIVES

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ATTENTION AUX DÉRIVES DANS LA GÉNÉRALISATION DU SYSTÈME DE VIDÉOSURVEILLANCE

(Ne pas tomber dans la violation des droits de la personne au nom du tout sécuritaire)

La veille citoyenne oblige le chroniqueur à sonner le gong démocratique pour rappeler au respect scrupuleux des droits fondamentaux de l’homme. On ne saurait sous aucun prétexte admettre la mise sous boisseau des droits constitutionnels acquis au prix de longues luttes. Au nom de la sécurité des personnes et des biens, le Bénin ne passera pas du souhaitable « Etat de droit » pour tomber dans la jungle détestable des « Etats policiers ».

Les données recueillies par les caméras se révélant très sensibles et parfois au-delà des besoins sécuritaires, il faille le plus tôt anticiper les dérives en établissant en amont des interdictions radicales en ce qui concerne les exploitations possibles. Les autorités ne devraient point installer ces outils de surveillance sans un débat public afin de permettre aux personnes qui ont des inquiétudes par rapport au nouveau système de les exprimer.

Convenons avec tous que l’utilisation de caméras dans une société moderne marquée par la violence gratuite parait justifiée par un intérêt légitime. Mieux la recrudescence des actes de grand banditisme comme l’a constatée le Conseil, dans nos villes ont généralement eu pour cibles, les administrations, les entreprises et établissements tenant des caisses de recettes exposées. Talon et son gouvernement semblent conscients qu’il n’est pas possible pour les agents de sécurité publique d’être partout à la fois. D’ailleurs le ministre de l’intérieur, Sacca Lafia a ouvertement lancé dans l’une de ces interventions médiatiques : « chaque béninois doit assurer sa propre sécurité…on ne peut mettre derrière chaque citoyen un policier ». C’est dans cette logique qu’aurait été examiné au cours du conclave de ce mercredi 08 février, le projet de décret portant conditions de mise en place et d’utilisation de système de vidéosurveillance en République du Bénin.

Le recours aux moyens modernes de sécurisation serait ainsi généralisé selon le principe préventif qui veut que la peur du gendarme soit le commencement de la sagesse. Le point de presse fait par le ministre Koupaki le prouve à suffisance : « Les systèmes de vidéosurveillance s’imposent comme une solution fiable, capable de contribuer plus efficacement à une meilleure offre de sécurité, par une bonne prévention et une gestion efficiente des cas de grand banditisme ». C’est fort des résultats des expériences que le Bénin veut généraliser la pratique aux agents économiques. Ceci passera donc par une intégration des technologies dans le maintien de la quiétude dans les lieux et places publics, et aussi dans certains édifices ou domaines privés susceptibles d’être cambriolés, vandalisés ou profanés.

Mais attention aux droits de l’homme ! Cette surveillance doit se dérouler dans les conditions définies par nos règlementations nationales voire les traités ratifiés. Les régies financières des administrations et des entreprises publiques ou privées d’une part, et les établissements publics, les organismes publics ou privés d’autre part, qui auront recours aux caméras de surveillance doivent éviter de tomber dans le piège de la violation des droits constitutionnels.

L’évolution technologique de la vidéo ayant facilité son installation et son utilisation, il ne faudrait pas en abuser. Pour assurer la sécurité des personnes et des biens, nombre de sociétés mettent déjà en œuvre des mesures de surveillance et de contrôle. Cette banalisation multiplie les atteintes aux droits de la personne et risque de transformer l’efficient système en une monstrueuse machine de restriction de libertés au service des manipulations dictatoriales.

C’est pourquoi la mise en place d’un tel dispositif dans un pays où le taux d’analphabétisme est encore élevé doit être précédée d’une formation citoyenne, sous un double contrôle de la Cour Constitutionnelle et de la Cnil. C’est surtout cette dernière, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés qui est chargée de veiller à ce que l’informatique soit véritablement au service du citoyen et qu’elle ne porte atteinte à l’identité humaine, aux droits de l’Homme, à la vie privée, aux libertés individuelles ou publiques. Cette Autorité administrative normalement indépendante exerce ses missions conformément aux dispositions de la loi 2009-09 du 22 mai 2009 portant protection des données à caractère personnel en République du Bénin.

En définitive la Rupture doit veiller à ne pas glisser dans l’espionnage et le chantage politiciens. La tentation est très grande. Le Pouvoir doit garantir le bon usage de toutes les informations personnelles collectées et éviter qu’elles ne tombent par mégarde dans de mauvaises mains. Retenons que peu importe le niveau de généralisation de cette surveillance, il est certain que ce ne sera pas la panacée car nos communes ne feront pas mieux que les yeux de « big brother » de Londres, la ville la plus surveillée au monde.

Richard ADODJEVO

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