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LA SURCHARGE DE LA MISÈRE

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(Une amande de 11.000F pour un triple crime)

Je n’écrirais un mot sur cette misère sans rendre un hommage mérité à ces braves hommes, transporteurs et conducteurs qui longent nos routes dégradées de jour comme de nuit. A mon feu père et à mes frères encore en activité dans ce secteur qui a nourri et continue de nourrir des milliers d’enfants comme moi jadis, je fais une génuflexion pour saluer le combat pour la subsistance dans ce métier de fer. Que nul ne trouve dans cette chronique une once d’ingratitude mais seulement le sursaut d’un fils qui pense que nous méritons mieux.

Face aux contraintes de la famille aux bouches insatiables et du propriétaire harpagon qui compte pécule sur ongle, les pauvres conducteurs de taxi au Bénin furent toutes ces années obligés à ne penser que maximisation du profit plutôt que leur propre sécurité et celle des passagers voire des autres usagers de la route. La société elle-même longtemps restée silencieuse dans une complicité coupable aidait à la commission d’une triple infraction. Pour tous ces yeux indifférents plongés dans les ténèbres de l’ignorance, un passager de plus c’est plus d’argent en caisse pourvu que chacun arrive sauf à destination les membres gourds. Si vous n’êtes pas d’accord, on vous demande sans vergogne de payer les places en surplus.

Et c’est de la sorte que le triple crime secrète la misère chez nos braves routiers. D’abord la surcharge tue les citoyens. Un véhicule de 9 places pour 12 à 15 personnes, idem pour un vieux taxi de 5 places, c’est 8 à 10 voyageurs qui y étaient serrés comme des sardines. Ainsi le véhicule roule déséquilibré et le conducteur n’est souvent pas maitre de son volant. Surtout qu’il faut signaler qu’en plus des passagers, le chauffeur doit prendre des colis et sacs de voyage. Des accidents mortels sont fréquemment enregistrés et heureusement des carambolages fumants étaient évités en raison de l’état cabossé de nos infrastructures.

Ensuite la surcharge amortit rapidement les véhicules. Un véhicule qui pourrait être utilisé pendant 10 ans n’en fait que 2 à 5 ans ici. Il n’est pas rare de revoir ces engins plus tôt posés sur quatre briques dans les garages de mécaniciens-soudeurs, impuissants devant les allers retours de la ferraille importée. Ces véhicules d’occasion sont ainsi vite mis hors d’usage d’autant plus qu’ils proviennent pour la plupart de la France, de l’Allemagne et autres pays développés où ils furent déjà amoindris avant d’être embarqués pour le dépotoir continental africain.

Enfin, la surcharge accélère la dégradation de nos quelques axes routiers. Voici un pays qui manque cruellement de bitumes où quotidiennement les usagers souffrent le calvaire avec une augmentation continue du prix de transport mais dont les enfants complotent par ignorance contre son développement. Je reprends volontiers l’affirmation selon laquelle le développement d’un pays passe par le développement de la route. Le surpoids de ces taxis et camions qui circulent dans nos contrées lézardent le bitume construit à coûts milliards corrompus de 10%.

Au regard de ce triple crime, la décision portant interdiction des surcharges et des chargements hors gabarits sur les axes routiers prise le gouvernement de la Rupture sonne à point. Les forces de l’ordre régulièrement dénoncées pour les tracasseries routières doivent dorénavant assurer pleinement leur mission de sécurisation dans le contrôle de la circulation des personnes et des biens. Les sanctions bien que légères pour certains sont utiles dans l’appel à la prise de conscience. Il est clairement signifié que tout contrevenant subira une double peine : payement d’une amende et retrait du permis de conduire. Quant aux passagers en surplus, ils seront aussi considérés comme complices dans la réalisation de l’infraction et se verront poursuivis en conséquence. Ce sera le prix à payer pour le plaisir de voyager. Peu importe la hausse généralisée des prix de transports constatée. Pourvu que chacun y trouve son compte et avec un accompagnement du gouvernement.

                                                                                               Richard ADODJEVO

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